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L'Abbaye aux Dames : neuf siècles d'histoire |
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A
la place de l'antique monastère fondé en 596 par Saint Pallais,
Geoffroy Martel, comte d'Anjou, et sa femme, Agnès de Bourgogne,
créent en 1047 le premier couvent de femmes en Saintonge : cette
nouvelle abbaye est placée sous le double vocable de Notre Dame
et du Christ Sauveur et est soumise à la règle de Saint Benoît.
Dés sa fondation, l'Abbaye aux Dames est très richement dotée,
son pouvoir temporel très étendu : elle perçoit de nombreux
droits de péages, des dîmes. Les terres qu'elle possède et leur
rapport lui permettront de garder son autonomie jusqu'à la Révolution.
Une communauté de Dames
La première abbesse, Constance (1047-1061) se trouve à la tête
d'une communauté de "dames" (moniales) issues des
grandes familles nobles. Trente abbesses lui succéderont jusqu'en
1792. Elles s'appellent communément "Madame de Saintes"
et ont le privilège considérable de porter la crosse à l'instar
de l'évêque, mais en signe de soumission relative à celui-ci,
elles doivent la tenir avec le "crosseron" à l'intérieur.
Relevant directement du Saint-Siège, de sa fondation jusqu'en
1378, date à partir de laquelle elle dépendra du Roi de France
(d'où son nom d'Abbaye Royale Notre Dame de Saintes), l'Abbaye
comptera jusqu'à 100 religieuses. De nombreuses jeunes filles
nobles y seront placées pour leur éducation, on peut citer parmi
celles-ci, la future Madame de Montespan..
Des
femmes
Des Abbesses qui marquèrent la vie et l'histoire de l'Abbaye,
on retient les noms de Florence (1100-1107), Sybille (1119-1134),
Agnès de Barbezieux (1162-1174) qui oeuvrent pour l'embellissement
de l'Abbaye. La parenté d'Agnès de Barbezieux avec Eléonore
d'Aquitaine, reine d'Angleterre, lui permet de sauvegarder les
privilèges accordés à l'Abbaye et de maintenir sa prospérité,
alors que la Saintonge est ravagée par l'invasion anglaise.
La majeure partie des chartes et le cartulaire sont des actes
de son administration. C'est sans doute sous son abbatiat que
sont construits le clocher, les coupoles, la façade de l'église
Abbatiale.
Les 12e, 13e et 14e siècles
sont des périodes sombres pour l'Abbaye : démêlées avec les
seigneurs de Broue, dévastation par les "bastards",
horde de vagabonds à la solde de l'Angleterre, conflits autour
de l'élection de l'abbesse en 1334, ravage causé dans les rangs
des moniales par la grande peste de 1348. Jeanne de Villars
(1438-1484), puis Anne de Rohan (1484-1523), Blanche de La Rochandry
(1524-1544), Jeanne II de La Rochefoucauld (1544-1559) et Françoise
I de La Rochefoucault (1559-1606) s'emploient à relever l'Abbaye
de ses ruines, et à retrouver une grande partie de ses domaines.
Françoise
I de La Rochefoucauld
Françoise I de La Rochefoucauld,
par sa force de caractère, sait convaincre son frère de renoncer
à la démolition de l'Abbaye ordonnée par Condé (les guerres
de Religion ensanglantaient alors le royaume français). Françoise
II de Foix qui lui succède, "règne" de 1606 à 1666.
Deux incendies détruisent l'Abbaye durant son abbatiat. Après
le second (1648), elle décide de faire entièrement reconstruire
le couvent en pierre, et lui donne ainsi l'aspect que nous lui
connaissons aujourd'hui. Elle se soucie également du spirituel
et fait rétablir la règle de Saint Benoît, aménage un noviciat.
A la fin de sa vie, âgée de 86 ans, Françoise II de Foix voit
son abbaye agrandie, embellie, respectée, et à un des points
culminants de son histoire.
Sa nièce, Françoise III de Foix (1666-1686) continue son oeuvre.
Pourtant le déclin ne tarde pas à arriver : au 18e
siècle, un certain relâchement se fait sentir au sein du couvent
; au temporel, pour assurer son rang, l'Abbaye doit vendre une
partie de ses biens. La dernière abbesse, Madame Marie-Madeleine
de Baudéan de Parabère (1754-1792) assiste, impuissante, à la
confiscation des biens de l'Abbaye par les révolutionnaires,
et tente vainement de s'opposer à la descente des cloches de
l'église : avec la disparition de ce symbole de la vie communautaire
en 1792, s'achèvent huit siècles de vie monastique. |
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Une
prison
Pendant la Révolution, l'Abbaye est transformée en prison. Par décret impérial en
1808, la Ville de Saintes est chargée de l'aménager en caserne. Pendant tout le 19e
siècle, et jusqu'à pratiquement la moitié du 20e siècle, l'Abbaye
reste aux mains de l'armée.
Les premiers travaux de restauration sont entrepris en 1924, sous la direction de
Maurice Gouverneur, Architecte des Monuments Historiques. En 1986, les fouilles
archéologiques conduites par Christian Vernou, remettent au jour la structure du cloître
et rend au site son rythme originel. |
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