|
 |
|
 |
  |
  |
|
 |
| Territoires
et lieux de mémoire : La Rochelle |
|
|
Porte
océane des idées nouvelles, point de ralliement des plus grandes
figures du Protestantisme, et bastion de la résistance à l'absolutisme
royal, la ville portuaire allait devenir un symbole.
L'Aunis et la Saintonge comptent
déjà, au milieu du XVI ème siècle, de nombreux adeptes de Calvin.
Sur toute la côte du Poitou, au cour de l'actuelle Charente-Maritime,
les petits cercles "plantés" des Réformés sont à présent
des églises "dressées". En
1568, La ville de La Rochelle rejoint le Parti Protestant.
Longtemps retardé par la prudence
et la fidélité des notables de la ville, cet événement aura
d'importants retentissements dans l'histoire du Protestantisme.
Les Rochelais ne remettent pas en question "la couronne".
Ils veulent réformer et corriger "les grands abus et corruptions"
de leur temps.
L'ouvrage de Théodore de Bèze, "Du droit des magistrats
sur leurs sujets", l'affirmera : l'homme n'est pas soumis
au magistrat lorsque celui-ci commande des choses contraires
à la justice.
Ce lieutenant de Calvin, polémiste de talent et promoteur de
la renaissance littéraire, allait présider à La Rochelle le
second synode protestant. Le
mouvement rochelais fait figure de coup d'Etat.
La cité est, pour l'époque,
d'une exceptionnelle importance. Ses 22 à 23 000 habitants la
placent parmi les plus grandes villes du Royaume de France.
Puissante et autonome, riche du commerce que le littoral charentais-maritime
développe depuis le Moyen Age avec l'Espagne, l'Angleterre et
les pays d'Europe du Nord, la sécession de La Rochelle inquiète
le pouvoir royal. Le
Parti Protestant a déjà rallié les plus grands seigneurs du
Royaume.
Le Prince de Condé, les Coligny,
les Rohan, le futur Roi de France (1589) Henri de Navarre, ont
rejoint la Cause. En Aunis et en Saintonge, François de Pons,
Baron de Mirambeau, François de La Rochefoucauld, et Guy Chabot,
Baron de Jarnac et Lieutenant du Roi à La Rochelle, rallient
le mouvement.Toujours en Charente-Maritime, les villes de Soubise,
Marennes, Saintes et Pons sont protestantes.
Moins de deux ans après sa sécession, La Rochelle est, avec
Cognac, l'une des quatre places de sûreté que la paix de Saint-Germain
accorde aux Protestants. La ville est devenue le "Boulevard
de la Réforme". Nous sommes en 1571. Théodore de Bèze arrive
de Genève. Il vient présider à La Rochelle le second synode
protestant. Le texte fondateur de l'Eglise réformée de France
y trouve sa forme définitive. La Saint-Barthélémy.
Dans la nuit du dimanche 24 août 1572, jour de la Saint-Barthélémy,
le Royaume plonge dans l'horreur du fanatisme religieux. Une
intrigue politique met notamment en scène la reine-mère Catherine
de Médicis, son fils Henri d'Anjou, le Duc de Nevers Louis de
Gonzague, et le Maréchal de Retz Albert de Gondi. Les premiers
crimes sont commandités contre les chefs protestants. Gaspard
de Châtillon, Amiral de Coligny, est converti depuis 1559. Il
est devenu l'un des plus grands chefs du Parti protestant. A
l'aube du 24 août, il est assassiné. Des humanistes de renom,
comme Pierre de la Place, premier Président de la Cour des aides,
ou tel que Pierre de la Ramée, trouveront la mort dans les mêmes
circonstances. |
 |
 |
 |
La
Saint-Barthélémy
Les soldats du Roi, du Duc
d'Anjou et des Guise, la Ligue, et la population catholique
elle-même, orchestrent la montée de la violence collective.
En quelques jours, 2 à 3 000 Huguenots seront massacrés dans
la seule ville de Paris. La haine déferle sur la France. Le
Roi Charles IX est à présent incapable de l'endiguer. Jusqu'à
6000 personnes, hommes, femmes, enfants et vieillards auraient
péri lors de ce massacre de la Saint-Barthélémy. Les femmes
enceintes, symboles de la mémoire protestante, feront l'objet
des pires violences. Le
Mouvement potestant n'est pas anéanti
La Rochelle refuse de recevoir
le Gouverneur et la garnison du Roi. En 1573, la ville est assiégée.
Elle s'engage dans une quatrième guerre de religion :
"Ladite ville a esté battue de trante-quatre mille coup
de canon et plus [..] de sorte que les fossés et chemins à demie
lieu alentour se trouvoient plains de corps morts".
Entre
1562 et 1598, huit guerres de religions déchirent l'Aunis et
la Saintonge
L'intérieur des terres est
dévasté, de nombreuses églises et abbayes sont détruites.
Des pillards parcourent les campagnes, rançonnent les populations,
les marchands ambulants et les voyageurs.
De terribles épidémies éclatent. La peste gagnera La Rochelle
en 1585, 1602 et 1604. Malgré
la guerre, l'imprimerie, cet autre support de la pensée, poursuit
son développement
Elle est florissante dans la
capitale de la Réforme. Bien que le rôle de Genève soit essentiel
dans l'édition des ouvrages protestants, la ville compte de
prospères imprimeries, telles que celles des Haultin, ou celle
de Barthélémy Berton. Cet imprimeur rochelais ne publiera pas
moins de 47 sermons de Calvin. Il imprimera également l'ouvrage
du Saintongeais d'adoption Bernard Palissy, "La recepte
véritable".
En Aunis et en Saintonge, la production littéraire s'intensifie.
Les libraires et les imprimeurs se regroupent pour assumer,
alimenter et contrôler ce marché. Le papier est acheté à Angoulême
ou à Pons, la production et les droits sont réglementés.
|
 |
 |
 |
En
1598, une pacification provisoire est instaurée dans tout le
Royaume. L'Edit de Nantes vient de reconnaître la liberté de
culte. Pour le faire appliquer, le Roi s'adresse personnellement
aux Pasteurs rochelais. A La Rochelle, il s'agit de rétablir
le culte catholique. La Ville n'acceptera l'Edit qu'en 1599.
L'assassinat d'Henri
IV marque la reprise de la guerre civile.
Les assemblées des Réformés,
autorisées depuis 1573, sont bientôt prohibées. Malgré l'interdiction
royale, les chefs protestants se réunissent une fois de plus,
en 1620, à La Rochelle. Cet acte d'insoumission fait suite à
différents incidents sur le territoire d'Aunis et de Saintonge.
Le Roi Louis XIII transfère toutes les juridictions rochelaises
à Marans et se rend lui-même en Charente-Maritime. Il assiège
la ville de Saint-Jean-d'Angély, qui capitule en juin 1621.
Ses murs sont rasés et tous ses privilèges communaux abolis.
L'armée royale ouvre dés lors sa marche vers La Rochelle. Sur
mer, l'armateur Jean Guiton et la frotte rochelaise s'opposent
déjà aux forces catholiques. En
1627, le débarquement des Anglais sur l'Ile-de-Ré met fin à
une nouvelle trêve et provoque l'intervention des troupes royales
Devant la menace Anglaise,
Buckingham se pose en défenseur des Protestants. Les troupes
royales investissent alors tout à fait la ville. Le siège est
conduit par le Cardinal de Richelieu. Celui-ci fait construire
une digue et bloque le havre du port. Il poussera la résistance
protestante dans ces derniers retranchements. En novembre 1628,
les trois quarts de la population sont morts de faim.
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
 |
|
 |
|
 |
|
|
|
 |
 |
|
|
 |
|
|
 |
|
 |
|
 |
|
 |
|
 |
|
 |
|
 |
|

|
|
|
 |
|
|
Jeanne d'Albret |
|
|
En 1568, Jeanne dAlbret,
devient le chef du Parti
protestant et s'établit à
La Rochelle. Elle sera
pour Agrippa d'Aubigné,
le poète et militant Haut-
Saintongeais (Pons,
1552 - Genève 1630)
une femme hors du
commun, "L'âme entière
aux choses viriles,
invincible aux adversités".
Son fils, Henri de Navarre,
devient Roi de France, en
1589, sous le nom
d'Henri IV. Quatre ans
plus tard, il abjure. Il est
dés lors reconnu par ses
sujets catholiques. |
|
|
|
 |
|
|
|
|
 |
|
|
Un Rochelais,
Pierre Mervault,
écrit en 1628 : |
|
|
"La famine se renforçoit horrible et espouvantable,ne se trouvant plus du tout rien. Les chevaux, asnes, mulets, chiens, chats, jusques aux
rats et souris, estoient mangez. Il ne restoit plus ni herbes ni limaçons par les champs.Il ne passoit jour qu'il ne
mourust deux a trois cens personnes et plus. Les vivans n'ayans pas la force de leur creuser des fosses pour les mettre dedans :
plusieurs mesmes alloient mourir
dans le coemetiere". |
|